Un peintre romain oublié
Lors de nos recherches sur les ancêtres romains de l’une de nos clientes, nous avons fait une “rencontre” singulière.
M Alcespide De Andreis, artiste peintre, est né à Rome en décembre 1873 dans une famille aisée de maroquiniers et gainiers. Il décéda à Cannes en 1939.
Le jeune homme fut étudiant à l’Académie des beaux Arts de Rome à partir de l’année académique 1887-1888.
Ensuite, il aurait accompagné lors d’une mission brésilienne les peintres Giovanni Capranesi (1852-1921) et Domenico De Angelis (1852 env- 1900), qui travaillaient à la décoration des intérieurs des théâtres brésiliens de Belem et de Manaus et dont la présence au Brésil est bien documentée.
Dans nos recherches, nous avons découvert qu’Alcespide accompagna son père à Paris en 1900 à l’occasion de la grande exposition universelle, où son père exposait ses créations. Nous avons même eu la surprise de constater que le talent de son père a été récompensé par une médaille de bronze, pour la catégorie “maroquinerie”.
Par la suite, le jeune homme demeura à Paris, où il exposa au salon de la Société des Artistes Français en 1901, il établit son atelier à Neuilly sur Seine et se spécialisa dans le portrait.
Une identité artistique insaisissable
Dans toutes les déclarations que nous avons consultées (demande de naturalisation, démarches administratives, déclarations d’état civil etc), Alcespide déclarait être artiste peintre.
Seulement, aucune trace de son œuvre artistique ne semblait être arrivée jusqu’à nous, ni un dessin, ni un tableau, rien. Une absence étonnante après près de quarante années de carrière
La réalité semblait pourtant bien plus complexe.
En consultant une documentation conséquente, dont des catalogues de ventes aux enchères, des petites annonces de l’époque, des catalogues d’expositions etc, nous avons remarqué un artiste “De Andreis”, assez difficile à cerner mais dont le prénom, l’époque et l’origine ne correspondaient pas à notre peintre.
Dans la plupart des sources consultées, l’artiste était indiqué comme s’appelant « Alex » ou « Alexandre » De Andreis, de nationalité belge, française ou britannique selon les versions, né entre 1871 et 1880 et décédé entre 1929 et 1939. Certains articles le voudraient né dans les années 1830, d’autres le décrivaient comme un ancien mercenaire ayant jadis servi les couronnes suédoise et espagnole.
En revanche, en examinant les œuvres en question, il était clair que l’artiste aurait signé « A De Andreis » : les prénoms « Alex » ou “Alexandre”, semblaient bien être le fruit d’extrapolations successives à son décès.
La piste A De Andreis
La piste nous semblant prometteuse, nous avons alors envisagé que l’œuvre artistique du peintre signant comme « A De Andreis », actif entre 1900 et 1939, ait été celle de Alcespide.
Pour étayer cette hypothèse nous avons alors lancé plusieurs pistes de recherche.
Tout d’abord, la comparaison des différentes signatures à notre disposition (actes d’état civil, demande de naturalisation, tableaux) allait dans le sens d’une identité unique du signataire. Même la manière de signer, en croisant le A du prénom avec le D du patronyme, restait une constante.
Ci-dessous, nous pouvons comparer la signature de l’artiste (image à droite, prise de l’un de ses tableaux), et la signature de Alcespide De Andreis, issue de sa demande de naturalisation.


Par ailleurs, nous avons identifié des anciennes petites annonces publicitaires où un « A De ANDREIS » proposait ses services d’artiste peintre. Puisque sur la petite annonce il y avait l’adresse du peintre, nous avons vérifié qu’il s’agissait de l’adresse de domicile d’Alcespide.

Une enquête entre archives et musées
Pour tenter d’y voir plus clair, nous-nous sommes rendus dans le centre de documentation du musée d’Orsay, où un important travail de recherche est effectué à propos des artistes dont le musée conserve au moins une œuvre. Dans notre cas, un dessin serait conservé dans les collections du musée.
Même si le dessin d’Alcespide que le musée semble détenir n’a pas été identifié, nous avons consulté deux dossiers d’artiste constitués à propos d’A De Andreis, l’un l’indiquant en tant qu’artiste belge, l’autre en tant que peintre français.
Des articles de presse parlant de Alex De Andreis se réfèrent à des œuvres dont la signature est toujours et uniquement “A De Andreis.”
En examinant le matériel présenté dans les deux dossiers, le style des “deux” artistes, les sujets représentés ainsi que les signatures, nous pouvons indiquer avec un bon degré de certitude que le matériel concerne un seul et unique artiste, et que ce dernier était Alcespide De Andreis, italien.
Alors, toujours un inconnu, ce De Andreis ? Ses tableaux sont même exposés au Musée du quai Branly- Jacques Chirac (portait du Maréchal Gallieni) ou au musée du fort de la Pompelle (portait du Général Mazillier) !
Redonner un nom à l’artiste
Cette recherche, initiée dans un cadre généalogique, nous a progressivement conduits vers une véritable enquête d’histoire de l’art.
Que retenir de cette aventure ? Tout d’abord il nous semble essentiel de toujours vérifier les sources, et de se rapprocher le plus possible du terrain ! Des informations contradictoires cachent souvent de belles surprises !
Ensuite, comme tout travail de recherche, de nouvelles données seront susceptibles de remettre en cause, de confirmer ou de compléter les hypothèses formulées.
Il reste l’espoir que maintenant les œuvres présentées ou vendues comme celles du peintre « A De Andreis », le soient comme celles de « Alcespide De Andreis, artiste italien, né à Rome en 1873, décédé à Cannes en 1939 ».
Et vous, avez-vous également un mystère familial, une trajectoire oubliée ou une histoire à éclaircir ?
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